Pourquoi les « Procès de Lilith » ?

Lady Lilith, 1866-1968, Dante Gabriel Rossetti
Lady Lilith, 1866-1968, Dante Gabriel Rossetti

Lorsque l’idée nous est venue de lancer le projet Les procès de Lilith, nous n’imaginions pas que le choix du nom serait l’une des étapes les plus difficiles. En effet, il était primordial pour nous de trouver un nom qui soit à la fois original et percutant, tout en étant capable de représenter notre vision dès le premier coup d’œil.

Il nous aura fallu plusieurs mois de brainstorming intensif et d’échanges laborieux avant de faire notre choix final. Penchant pour le nom d’Eve, difficile à intégrer dans des adresses web, c’est finalement au cours d’une soirée d’été que nous est parvenue l’idée centrale autour de laquelle notre projet devait se construire : La figure de Lilith.

Lilith de John Collier, 1889
Lilith, 1889, John Collier

Considérée comme la première femme et un symbole du féminisme, la légende de Lilith est une des plus complexes et passionnantes. Cependant, elle est également une des plus méconnues. En effet, son nom est inconnu à bon nombre de personnes, et l’intégralité de son histoire l’est encore plus.

Une figure démoniaque  

Tout d’abord considérée comme une divinité Mésopotamienne, Lilitu pour les Akkadiens ou Lamashtu à l’époque média-babylonienne, est vue comme une figure démoniaque ; une succube mi femme mi animale, séduisant les hommes et dévorant les enfants. Sa représentation est ainsi, dès ses origines, associée à l’érotisme et aux infanticides. On doit à tout prix se protéger d’elle.
Elle conserve sa représentation de Succube dans le Tamuld. Les hommes ne doivent pas dormir seuls, sous peine que Lilith ne s’approche d’eux. Également dans ce texte, elle apparait devant Adam couverte de sang et d’excréments. Ce dernier la trouvant indigne, la rejette. Elle représente alors le mal et l’impureté.

Un première épouse rebelle et insoumise

À partir de l’alphabet de Ben Sira et de la Kabbale, Lilith devient la première femme d’Adam. Cependant, les stigmatisations dont elle fut victime par le passé ne la quittent pas.
Dieu la puni pour son caractère rebel et son refus de se soumettre à l’homme ; Il la chasse de l’Eden, la rend stérile et la transforme en dévoreuse d’enfants. Dans la Kabbale, façonnée avec de la terre impure, c’est sa création même qui la rend diabolique. D’autres textes encore associent sa naissance à celle de Samaël, anche déchu destructeur du monde.

Son esprit de rébellion et son envie dévastatrice de vengeance en font d’elle le mal absolu. Elle devient tour à tour, le serpent tentateur qui provoque la chute d’Eve et donne naissance à la fameuse rivalité entre femmes, celle qui incite Caïn à tuer son frère Abel, la mère d’une armée de démons conçue grâce au sperme volé d’Adam ou encore l’épouse de Samaël et reine des Enfers. Elle est le symbole de la dépravation.

Lilith, 1892, Kenyon Cox
Lilith, 1892, Kenyon Cox

Un symbole de lutte 

Difficile de ne pas y voir une ressemblance avec les maux qui stigmatisent les femmes encore aujourd’hui, n’est-ce pas ? D’ailleurs, à l’époque contemporaine, la figure de Lilith inspire les mouvements féministes.

Dans les années 1970, certaines militantes du groupe « Choisir la cause des femmes« , crée par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir en 1971, reprennent son image comme symbole de leur lutte.
En 1976, l’Américaine Aviva Cantor Zuckoff lance le magazine indépendant Lilith. Considéré juif et féministe, il existe toujours à l’heure d’aujourd’hui.
Sarah Lachlan fonde Lilith Fair courant 1997, un festival de musique réservée aux femmes. Des artistes tells que Dido, Tracy Chapman ou Sheryl Crow y participeront pendant ses trois années d’existence.
Lors de sa première édition, il est d’ailleurs le festival itinérant qui engendre le plus de recettes, toutes versées à des œuvres caritatives.

Les femmes à l’initiative de ces projets ont toutes été comme nous, touchées par son histoire. Ainsi, en se réappropriant l’histoire de Lilith, les femmes luttent contre un statu quo tenace et oppressant.

Lilith s’est battue pour la maîtrise de son corps et de son propre plaisir, pour la liberté de ses choix et sa propre souveraineté. Qui donc mieux que cette femme pour représenter et tenter de rendre justice à toutes celles, qui se sont battues à leur manière et ont souvent finis par être oubliées de l’Histoire ?

16
Become a patron at Patreon!